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  • Claire Lefranc

Assises de l'Égalité, la parité et de la diversité dans le cinéma et l’audiovisuel

Lors des premières assises en 2018, un état des lieux du PAF (Paysage Audiovisuel Français) avait été réalisé par plusieurs acteur•ice•s du milieu, producteur•ice•s, distributeur•ice•s, réalisateur•ice•s, scénaristes etc.


Cette année comme la précédente, nous ne pouvons que constater l’absence des “petites mains” de l’industrie, tout comme les syndicats, les petites associations et collectifs spécialisés, qui connaissent pourtant bien la réalité du terrain. A défaut d’avoir du pouvoir de décision, nous représentons les rouages d’une industrie qui tend à nous oublier lorsqu’il s’agit de prendre des décisions nous concernant. Le SPIAC CGT, la F3C CFDT et le SNTPCT n’étaient par exemple pas présents (invités ?).


Cependant, la charte dont il a principalement été question durant cette journée, est belle et bien signée par des “associations et syndicats de directeur.rice.s de casting, réalisateur.rice.s, agents d’artistes, scénaristes et producteur.rice.s” selon le communiqué de presse du collectif 50/50. Il a plusieurs fois été répété que cette charte ne serait pas une nouvelle décoration creuse, destinée à trôner encadrée au-dessus d’un bureau pour faire bien voir, mais qu’elle s’accompagnerait de mesures concrètes. Elle est pourtant prévue sur une base volontariste et non coercitive, sans qu’il ne soit prévu de sanction le cas échéant.


Un annuaire “de la diversité” édité par le collectif 50/50 proposera de développer les profils en dehors des vieux boy’s club et cercles très majoritairement blancs du milieu. Prendra-t-il en compte tous les postes de chaque profession liée à l’audiovisuel, de la stop-motion au musicien plateau en passant par l’ingénieur•e du son et lae scripte ? A l’heure actuelle, nous ne saurions dire.


Pour rappel, il existe déjà un bonus financier versé aux productions cinématographiques (le télévisuel et productions à destination des plateformes SVOD n’étant pas comprises) mis en place l’année passée par Françoise Nyssen, alors ministre de la culture. Une mesure une fois de plus non contraignante.



Le sexisme qui cache la forêt

Comme l’a faite remarquer Aïssa Maïga, les discriminations autres que le sexisme sont encore beaucoup reléguées au second plan. Ainsi, s’il a été question du racisme du milieu durant la matinée, c’est uniquement dans le cadre du classisme qui lui est attaché, participant de ce fait à déculpabiliser l’audience (blanche) qui serait classiste par biais social plutôt que raciste.


Il n’a ainsi nullement été question de validisme, de LGBTophobies, de psychophobie, ou des spécificités âgistes et grossophobes qui touchent les actrices (l’une d’entre elles a pourtant pris la parole dans le public à propos de la maigre représentation des femmes de plus de 50 ans dans le PAF). Le racisme ne semblait concerner durant les débats que les personnes noires ou arabes, excluant par là tout le spectre raciste que peuvent vivre les travailleur•euse-s racisé•e•s de notre milieu professionnel, qu’iels soient asiatiques, des Premières Nations, métisses etc.



Dans le PAF, le cinéma live règne en maître

Par ailleurs, beaucoup d’éléments du PAF ont été oublié durant cette journée de réflexion et d’action. Si les écoles de cinéma sont évoquées en amont des plateaux de tournage, les autres lieux de productions sont à peine reconnus. Le milieu de l’animation française, qui participe à l’audiovisuel français avec ses quelques 6000 travailleur•euse•s, n’a pas du tout été évoqué si ce n’est lors d’une courte prise de parole de Corinne Kouper, membre du SPFA. La publicité de sera que rapidement sujet lors de l’intervention de Carole Bienaimé-Besse, du CSA, notamment dans les représentations de genre et dans les programmes jeunesse.

Le contenu des programmes et productions sur lesquelles nous travaillons est également oublié, alors que nous avons pourtant une responsabilité : celle des représentations. Exit la problématique des plateaux TV invitant à tour de bras les Zemmour, Graziani, Bastier, Finkielkraut, Barbier & Cie, faisant enfler la haine et les discriminations envers les personnes musulmanes, racisées, LGBT+, envers les femmes en général, et les femmes voilées plus particulièrement. Exit les films de pédocriminel produits et distribués en France alors que leur réalisateur a été condamné et est poursuivi par la justice américaine, en plus d’être accusé de plus d’une dizaine de viols supplémentaires sur mineure.


Au-delà même des scandales à répétition du petit et grand écran, est-il vraiment utile de rappeler que toutes les représentations ne sont pas bonnes à prendre ? Plus d’acteur•ice•s racisées, oui, mais d’autres rôles et oeuvres que des caricatures dangereuses telles que celles de Qu’est ce qu’on a fait au bon dieu, de Brio, d’Intouchables, de Neuilly sa mère!, de Case Départ et autres joyeusetés. Il en va de même pour toutes les représentations : Si j’étais un homme et sa transphobie crasse, Epouse-moi mon pote et son homophobie de comptoir, tous ces films participent à faire perdurer les discriminations dans notre milieu et bien au-delà, auprès de l’audience qui visionne ces productions, par leur banalisation et leur minimisation.


S’il avait été question par exemple des productions jeunesses, nous aurions pu rappelé la frilosité des chaînes télé et des studios de production vis-à-vis des représentations LGBT+ dans les dessins animés français, ou du racisme induit par l’exotisation des rares personnages racisés à l’écran, notamment asiatiques.



Des actions en demie-teinte

Pour la parité et diversité, on nous propose finalement une charte double (une pour les sociétés de production, une autre pour les société d’édition-distribution et d’exploitation cinématographique), qui sera à ajouter à la longue liste des textes préexistants sur le sujet, sans parler de la Loi française. Charte à laquelle il faut également ajouter des Etats Généraux sur les abus sexuels et les harcèlements, à venir, portés par la SRF et qui déboucheront sur une charte supplémentaire. Ce texte du collectif 50/50 est, rappelons-le, destiné non pas à des entreprises mais par des associations et syndicats dont le pouvoir et l’impact sont nécessairement moindres, ne serait-ce que parce que les travailleur•euse•s n’en connaissent souvent pas même l’existence.


En parallèle de la charte a été créé un annuaire, non imposable aux nombreux•ses acteur•ice•s de l’audiovisuel, basé sur deux critères de sélection : la discrimination subie et le professionnalisme. Il faudra en effet pouvoir se justifier d’une expérience au même poste sur deux productions audiovisuelles diffusées. Favoriser l’inclusion de nouveaux talents et profils en mettant en avant des personnes ayant déjà une certaine expérience professionnelle nous semble quelque peu paradoxal, mais passons.


Pour la lutte contre le harcèlement et les agressions sexistes (les autres discriminations n’étant pas abordées), il nous est annoncé la mise en place d’un•e référent•e à l’écoute des victimes et en mesure d’agir auprès de la production.


Une discussion avec les assureurs du cinéma et de l’audiovisuel est en cours pour qu’un tournage ou une production puisse être mise en pause si l’un de ses membres s’avérait coupable de harcèlement et/ou agression (physique ou sexuelle).


Agnès Saal, du ministère de la culture, a bien précisé que ce serait le groupe Egae, monté par Caroline de Haas, qui serait responsable des formations anti harcèlement des référents plateaux.


Delphine Ernotte, présidente de France Télévisions, va inclure dans les contrats de production du groupe une “clause de la diversité qui exige des sociétés de production, que leurs équipes de tournage, d’écriture et artistiques reflètent la diversité de la société française”. Cela concerne-t-il également les entreprises prestataires ou uniquement les sociétés dépendant directement pour le compte de FTV ? C’est à voir.


Contrairement à l’inclusion rider américain, l’universalisme de la Constitution française nous empêche de pouvoir mettre en place des mesures de discriminations positives, pour rééquilibrer quelque peu la balance des pouvoirs et des représentations, tout comme il gêne la collecte de données sur la base de l’origine ethnique et raciale, pourtant nécessaire pour mieux lutter contre les discriminations racistes. Mais ne pourrait-on pas mettre en place un équivalent de quotas, plus imposant qu’une charte conciliante, avec des mesures précises et encadrées, comprenant les spécificités de chaque discrimination et métier de notre milieu professionnel ?


Certain•e•s n’ont pas attendu que les têtes de nos professions ouvrent les yeux et ont créé leurs propres structures pour infiltrer le cinéma et l’audiovisuel français blanc bourgeois. C’est ce qu’a fait la réalisatrice Houda Bounyamina avec son association 1000 Visages : elle refuse le ghetto dans lequel les cloisonnent les formations plus courtes, moins complètes mais gratuites des écoles de cinéma auxquels sont le plus souvent cantonnés les résident•e•s des quartiers populaires, en participant à leur insertion dans le milieu du cinéma.

L'initiative de ces Assises est louable, tout comme le sursaut progressiste des consciences depuis l'affaire Weinstein au sein du cinéma français. Seulement, il semblerait que les initiatives soient entre frileuses, osant à peine nommer les responsables des productions racistes, homophobes et sexistes (entre autres), les artistes agresseurs sexuels, les producteurs et distributeurs complices, ne voulant se brouiller avec une partie du milieu de l'audiovisuel, où tout le monde se connait et se croise sans arrêt.



Vous pouvez lire sur Télérama une partie du discours d’ouverture de la présidente du collectif 50/50, Rebecca Zlotowski.

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